Vue d’ensemble
En octobre 1907, les premiers messages commerciaux sans fil à franchir l’Atlantique partaient en morse de cette tourbière aux portes de Clifden, et recevaient leur réponse depuis Glace Bay, en Nouvelle-Écosse. De la station de Guglielmo Marconi, il ne reste qu’une poignée de fondations en béton disséminées sur la tourbière de Derrigimlagh, en accès libre à toute heure, sur le Wild Atlantic Way, au cœur du Connemara.
Si vous n’avez qu’une demi-heure devant vous, empruntez la boucle aménagée qui relie le site Marconi au lieu d’atterrissage d’Alcock et Brown : deux premières mondiales de la communication à longue distance, à quelques centaines de mètres l’une de l’autre sur la même étendue de tourbe. Avant que les câbles sous-marins ne deviennent fiables, le système à étincelles haute puissance de Marconi était le moyen le plus rapide de faire passer un message d’un bord à l’autre de l’océan : cette tourbière déserte s’est ainsi retrouvée au cœur du réseau mondial de l’information et de la marine marchande.
Histoire et prouesse technique
Lorsque Marconi cherche un site d’émission au début des années 1900, il lui faut un océan dégagé à l’ouest, un combustible bon marché pour les générateurs et le moins d’interférences électriques possible. Derrigimlagh réunit ces trois conditions, avec en prime une réserve de tourbe inépuisable. La Marconi International Marine Communication Company transforme alors la tourbière en complexe industriel.
- L’énergie : six chaudières alimentées à la tourbe entraînaient des générateurs délivrant 150 kW sous 15 000 volts. On entendait et voyait les étincelles haute tension à des kilomètres à la ronde.
- Les antennes : huit pylônes en bois, hauts de 61 mètres (200 pieds) chacun, soutenaient 12 km de fils déployés vers l’est au-dessus de la tourbière. Leurs socles en béton sont toujours debout.
- Les bâtiments : des blocs distincts abritaient les condensateurs, l’émetteur, le récepteur et les logements du personnel, tous conçus pour encaisser le climat atlantique.
Le 17 octobre 1907, la station ouvre au trafic commercial. Le premier message, épelé « L-O-N-D-O-N », est capté par la station jumelle de Glace Bay, et le système duplex permet aux signaux de circuler dans les deux sens à la fois : Derrigimlagh devient un maillon vivant du commerce et de la diplomatie.
La station fait ses preuves dans l’urgence. En 1912, elle relaie vers l’Europe les premières nouvelles du naufrage du Titanic. Elle assure l’une des premières transmissions de la voix à travers l’Atlantique en 1919, puis diffuse l’allocution du roi George V en 1924. La neutralité ne la protège pas pendant la guerre civile : les forces républicaines l’attaquent et l’endommagent en juillet 1922. L’arrivée des ondes courtes finit par rendre obsolète l’immense installation à éclateur, et la station ferme à la fin des années 1920. Les pylônes sont démontés, et la tourbière reprend le reste.
Parcourir le sentier de découverte
La boucle d’interprétation compte environ 1,5 km de piste balisée, que l’on peut prolonger par les sentiers de tourbière en direction de la côte. Elle passe devant les principaux vestiges du complexe.
- Les panneaux d’interprétation : disposés aux points clés, ils retracent la construction de la station, son rôle dans la sécurité maritime et les principes techniques des débuts de la radio.
- Le son : des QR codes jalonnent le parcours et donnent accès à des reconstitutions : le grésillement de la transmission inaugurale de 1907, le message d’alerte du Titanic en 1912. De quoi entendre l’histoire sans guide.
- L’écologie de la tourbière : le sentier traverse une tourbière de couverture active. Repérez la bruyère, la linaigrette et le rossolis sous vos pas, et guettez le courlis, le chevalier gambette et les lièvres bruns dans les espaces ouverts.
- Les points de vue : depuis la partie surélevée de la tourbière, la vue porte jusqu’à Ballinakill Bay et aux Twelve Bens, avec l’horizon atlantique à l’ouest par temps clair.
Informations pratiques
- Situation : tourbière de Derrigimlagh, à quelques minutes de route au sud de Clifden, en retrait de la R341.
- Accès : quittez la R341 au panneau Derrigimlagh et suivez la piste de gravier balisée jusqu’au point de découverte. Parking gratuit au départ du sentier.
- Horaires : ouvert toute l’année, 24h/24. Le site est en plein air et sans personnel.
- Tarif : gratuit.
- Équipements : ni toilettes ni restauration sur place, les plus proches sont à Clifden. Tables de pique-nique au départ du sentier.
- À emporter : de bonnes chaussures ou des bottes, car la tourbière devient vite molle et gorgée d’eau. Un téléphone chargé pour les QR codes audio, des vêtements imperméables et un appareil photo.
- Accessibilité : terrain inégal et tourbeux, qui ne convient ni aux fauteuils roulants ni aux poussettes ; à réserver aux marcheurs valides et aux enfants déjà grands.
- Contact : site géré avec la Clifden and Connemara Heritage Society et Fáilte Ireland. Renseignements à [email protected].
À voir dans les environs
- Site du crash d’Alcock et Brown – à quelques minutes vers l’est le long de la boucle, c’est ici que s’est achevé, par un atterrissage dans la tourbe, le premier vol transatlantique sans escale, en 1919. L’épave a disparu depuis longtemps, mais des panneaux racontent l’épisode.
- Ballinakill Bay – une anse abritée, avec une petite plage de sable et des eaux calmes : idéale pour un pique-nique après la marche.
- Clifden – la capitale autoproclamée du Connemara, avec ses cafés, ses boutiques indépendantes et les ruines de Clifden Castle dominant l’estuaire.
Pour les photographes, venez en fin d’après-midi : le soleil rasant balaie la tourbe et détache en relief les socles en béton des pylônes sur fond d’Atlantique.
