Le nom, et la lumière
Les roches virent bel et bien au rouge ici, mais seulement au bon moment de la journée. Bloody Foreland, en irlandais Cnoc Fola (la colline du sang), tire son nom de la façon dont le soleil rasant du soir accroche le granit tout au long de cette portion de côte et l’embrase d’un rouge rouille profond. En automne, le versant rougit de nouveau lorsque la fougère se dessèche et prend une teinte brun roux. Il n’y eut aucune bataille : ce nom parle de lumière, pas de sang.
Voilà qui compte au moment d’organiser sa visite, car cela vous dit quand venir. Par un après-midi gris, ce n’est qu’un promontoire balayé par le vent à l’extrémité du Donegal, exposé et un peu austère. Arrivez pendant l’heure qui précède le coucher du soleil, par une soirée dégagée, et vous découvrirez ce qui a fait sa réputation. Si la météo annonce des nuages bas, la couleur ne prendra pas et mieux vaut faire halte ailleurs.
Le folklore fait de son mieux pour être à la hauteur du nom. La légende veut que Balor au Mauvais Œil, le seigneur de guerre borgne de la mythologie irlandaise, ait été tué sur ces pentes par son petit-fils Lugh Lámh Fhada, et que le sang jailli de son œil ait teinté la colline.
La vue et la balade
Bloody Foreland est un Discovery Point signalé du Wild Atlantic Way, avec une aire d’arrêt en bord de route, un panneau d’information et un parking gratuit. De là, la vue sur la mer file jusqu’aux îles : Árainn Mór et Gabhla au large, Tory Island plus loin vers le nord, et Horn Head le long de la côte à l’est. Ce panorama suffit à récompenser le détour, même quand la lumière ne fait rien de spectaculaire.
La balade côtière balisée est courte et facile à suivre. Elle fait partie du Bealach na Gaeltachta – Slí an Earagail, court sur 1,5 km à l’aller et demande environ une heure à un rythme tranquille. Aucune vraie montée, mais le revêtement change en chemin, d’une petite route tranquille à une route de tourbière puis à une piste caillouteuse, et la fin du parcours peut sembler vraiment isolée par mauvais temps. La colline elle-même culmine à 314 m, et les marcheurs qui en veulent davantage peuvent poursuivre le long de la côte, sur 2 à 8 km environ selon leur point de départ et d’arrivée.
Une réserve, en toute honnêteté : on vient ici pour regarder, pas pour trouver un site touristique aménagé. Il y a un parking, un panneau, et pas grand-chose d’autre : emportez donc ce dont vous avez besoin et faites vos courses et vos repas dans le village le plus proche. Derrybeg est la localité la plus proche du départ du sentier.
Y aller et se déplacer
Vous êtes ici au cœur de la Gaeltacht de Gweedore (Gaoth Dobhair), la région où l’irlandais reste la langue du quotidien : attendez-vous à une signalisation en irlandais sur les routes d’accès. Le promontoire occupe la pointe nord-ouest du comté ; le parking gratuit du départ de la balade se remplit vite les soirs d’été, alors arrivez tôt si vous voulez la bonne place pour le coucher du soleil.
Le site s’associe naturellement au reste de ce coin du Donegal. Falcarragh et Dunfanaghy se trouvent à l’est, Bunbeg et Kincasslagh au sud, et le Mount Errigal, point culminant du comté à 752 m, est facilement accessible dans les terres. Pour la navigation, l’itinéraire figure sur la carte OSI n° 1, à la référence de carroyage B868 327.
