Aperçu
Cullaville (également orthographié Culloville, de l’irlandais Baile Mhic Cullach, « townland de MacCullach ») est le village le plus au sud du County Armagh et l’une des localités les plus méridionales d’Irlande du Nord. Ce qui mérite qu’on s’y attarde, ce n’est pas le paysage – c’est que la frontière le traverse de part en part. La River Fane en marque la ligne : le village proprement dit est en Irlande du Nord, mais l’ancien bureau de poste et l’ancienne gare se trouvent de l’autre côté de l’eau, dans le County Monaghan, en République. Si les recommandations de la Commission des frontières de 1925 avaient été appliquées, Cullaville et le reste du South Armagh seraient passés à l’État libre, et la ligne se situerait ailleurs, tout simplement.
Le village s’articule autour d’un carrefour très fréquenté où la A37, côté nord, devient la N53, côté sud, sur la route principale de Dundalk à Castleblayney. Trois des quatre routes franchissent la frontière ; la quatrième mène à Crossmaglen. C’est un village frontalier vivant de quelques centaines d’habitants, pas une attraction touristique – venez pour la singularité de la frontière et l’histoire qui s’y est accumulée, pas pour les choses à faire.
Le fantôme du chemin de fer
Cullaville a eu sa propre gare, sur la ligne du Great Northern Railway reliant Dundalk à Enniskillen, ouverte en juin 1858. Les trains de voyageurs s’y sont arrêtés jusqu’en 1957 et la ligne a fermé complètement en 1959, comme une grande partie du réseau transfrontalier. La gare elle-même se trouvait du côté monaghanien de la Fane, et ce qui en subsiste vaut le coup d’œil si vous passez par là : la maison du chef de gare, le quai de la voie montante et la base en briques du poste d’aiguillage – les ossements d’une jonction que le partage des chemins de fer a contribué à tuer.
Une frontière à l’histoire douloureuse
Le carrefour a connu plus que sa part d’épreuves. Le 29 mars 1922, pendant la guerre d’indépendance, des volontaires de l’IRA ont tendu une embuscade et abattu deux hommes de la Royal Irish Constabulary, Patrick Earley et James Harper, au pont de Ballinacarry. Deux décennies plus tard, le 2 septembre 1942, une colonne d’une vingtaine d’hommes de l’IRA qui traversait Cullaville pour attaquer la caserne de Crossmaglen a été repérée par une patrouille de police, et une fusillade s’en est suivie dans le village, avec un blessé de chaque côté. C’est un pays où la frontière n’a jamais été qu’un simple trait sur une carte, et le calme qui y règne aujourd’hui mérite qu’on s’y arrête un instant.
Le club de GAA
La seule institution qui tienne le village debout, c’est le Culloville Blues, dont les racines remontent à un club fondé en 1888 – ce qui en fait l’un des plus anciens clubs de la Gaelic Athletic Association en Irlande. C’est un club de football gaélique, comme presque tout dans ce coin du South Armagh, et un match un week-end d’été est le moment où vous verrez Cullaville le plus animé. Si vous voulez sentir le lieu plutôt que de simplement le traverser en voiture, c’est le moment d’y aller.
Informations pratiques
- S’y rendre : Le plus simple est la voiture, au carrefour A37/N53. Il n’y a ni chemin de fer ni bus régulier qui dessert le village lui-même ; pour les transports en commun, descendez à Crossmaglen ou Castleblayney et continuez à partir de là.
- Une note honnête : Il y a peu de choses ici pour un visiteur au sens conventionnel du terme – un commerce, un pub ou deux, les terrains de GAA. Traitez Cullaville comme un arrêt court et curieux lors d’un circuit dans le South Armagh, plutôt que comme une destination.
- À proximité : Crossmaglen, à quelques kilomètres au nord, est la principale ville de la région et un bastion du football. À l’ouest, le Ring of Gullion et le Slieve Gullion offrent les vraies randonnées en montagne, des tombes à couloir et des sentiers forestiers.
Si vous ne faites qu’une seule chose, marchez quelques centaines de mètres en direction de la Fane et tenez-vous sur le pont : vous verrez l’Irlande du Nord sur une rive et la République sur l’autre, avec rien d’autre pour les séparer que l’eau.