Aperçu
Pendant près de 800 ans, les moines de cette île de 21 acres ont tenu un registre continu de ce qui se passait en Irlande – batailles, famines, morts de rois, une éclipse ou deux. Le résultat, les Annals of Inisfallen, couvre les années 433 à 1450 après J.-C. et constitue l’une des chroniques les plus importantes de l’Irlande médiévale qui nous soient parvenues. Inisfallen (en irlandais : Inis Faithlinn, « l’île de Faithlinn ») se trouve près de l’extrémité nord de Lough Leane, le plus grand des Lakes of Killarney, à environ 1,5 km de la rive à Ross Castle et dans le Killarney National Park. C’est un monument national appartenant à l’État, sous la garde de l’Office of Public Works, accessible uniquement en bateau.
Le monastère et les annales
Un monastère a été fondé ici vers 640 après J.-C. par un saint Finian – l’Irlande primitive en comptait plusieurs, et les chercheurs ne s’accordent pas sur le point de savoir s’il s’agissait de Finian le Lépreux ou de Finan Cam. Il devint un centre de savoir, et la tradition locale veut que le jeune Brian Boru y ait étudié. Au XIIe siècle, il s’était transformé en prieuré augustinien.
Les annales elles-mêmes sont l’œuvre de scribes successifs – 39 moines au total, selon un décompte – commencées au XIe ou XIIe siècle et poursuivies pendant des générations. L’ancienne affirmation selon laquelle l’original serait perdu est fausse : le manuscrit sur vélin est conservé à la Bodleian Library d’Oxford, et il demeure une source primaire pour l’histoire politique, militaire et ecclésiastique de l’Irlande médiévale.
L’île a survécu aux raids vikings et à un pillage par les O’Donoghue en 1180. Sa fin est venue avec la conquête Tudor, lorsque les moines furent dépossédés sur ordre de la reine Élisabeth Ire – les sources situent cet événement en 1582 ou 1594 – et l’abbaye tomba en ruine.
Les ruines
La maçonnerie témoigne de plusieurs phases de construction et de reconstruction. L’église abbatiale principale date globalement des Xe–XIIe siècles, avec des pierres plus anciennes réemployées dans ses murs et une piscine en pierre sculptée à l’intérieur. Le petit oratoire roman, probablement du XIIe siècle, conserve son plus bel atout : un portail hiberno-normand sculpté d’un visage barbu. On dit souvent qu’il s’agit de saint Fíonán, mais rien ne confirme qui il représente. À l’intérieur de l’oratoire se dresse aujourd’hui une croix de pierre trouvée dans le lac.
Cherchez aussi la pierre à bullaun – un bloc rocheux creusé d’une cavité usée, servant au broyage – ainsi que les vestiges d’une petite église primitive et du bâtiment domestique où vivaient les moines. En parcourant la nef et le chœur, vous pouvez lire dans l’herbe l’empreinte de toute la communauté.
Faune
Les cerfs élaphes et les cerfs Sika, plus rares, traversent le lac à la nage depuis le continent pour venir y paître, le plus souvent dans le calme du petit matin ou de la fin d’après-midi – les surprendre en pleine traversée est la meilleure raison de prendre le premier bateau plutôt qu’un départ tardif. Le bois est composé de vieux chênes, et la rive du lac attire hérons, martins-pêcheurs et oiseaux d’eau migrateurs.
Note littéraire
L’île a marqué l’imaginaire du XIXe siècle : Thomas Moore y a situé sa chanson « Sweet Innisfallen », et William Allingham a écrit le poème « The Abbot of Innisfallen ». Tous deux jouent sur la même mélancolie romantique que vous ressentirez en errant parmi les ruines par un matin tranquille.
S’y rendre et détails pratiques
Les bateaux partent de Reen Pier, à côté de Ross Castle, et la traversée dure 10 à 15 minutes. Les services sont saisonniers, fonctionnant à peu près de mai à septembre ; ce sont les bateaux rouges et noirs qu’il faut repérer. Certains opérateurs vous déposent sur l’île, tandis que d’autres proposent une boucle de 60 à 90 minutes autour du lac qui contourne les ruines sans s’arrêter : vérifiez donc ce que vous achetez avant de payer.
L’accès à l’île elle-même est gratuit – vous ne payez que le bateau, généralement autour de 10 € par personne, selon l’opérateur. Les billets peuvent habituellement s’acheter sur place le jour même, mais les créneaux du week-end partent vite en haute saison : mieux vaut réserver à l’avance. Le parking se trouve à Reen Pier, près de Ross Castle, où un droit de stationnement peut s’appliquer.
Si vous préférez vous y rendre par vos propres moyens, vous pouvez pagayer jusqu’à l’île ; Outdoors Ireland et Mór Active louent tous deux des kayaks sur les lacs de Killarney. Surveillez le vent – il peut se lever rapidement en eau libre.
Une chose à savoir clairement : il n’y a rien sur l’île. Pas de boutique, pas de café, pas de toilettes, pas de sentier pavé. Le sol est naturel, avec des racines d’arbres et de légères pentes entre le débarcadère et les ruines, ce qui ne convient pas aux fauteuils roulants. Portez des chaussures qui supportent la boue, apportez de l’eau et une couche coupe-vent, et notez l’heure du dernier bateau pour le retour – vous ne voulez pas vous retrouver coincé quand l’opérateur plie bagage pour la soirée.
Attractions à proximité
De retour sur le continent, Ross Castle se dresse juste à côté du débarcadère – une tour médiévale du XVe siècle qui vaut une heure de visite. De là, les sentiers et pistes cyclables du parc mènent à Muckross House, au Gap of Dunloe et aux ruines perchées et longues vues sur le lac à Aghadoe. Si vous le pouvez, prenez le premier bateau de la journée : le lac est le plus calme, la lumière est la plus belle sur la vieille pierre, et les cerfs n’ont pas encore été dérangés par la foule.
