Aperçu
Les Featherbeds se trouvent à peine à vingt minutes du centre de Dublin, et pourtant ce vaste plateau balayé par les vents, couvert de bruyère et de tourbière de couverture, semble à mille lieues de toute ville. Il s’en est fallu de peu qu’il ne devienne jamais un domaine public : longtemps aux mains de propriétaires privés et menacé par des projets d’aménagement, il a été acquis par l’État à l’issue d’une campagne qui a réuni plus de 20 000 signatures, et depuis août 2016 il fait partie du parc national des Wicklow Mountains. Cette étendue de 4 900 acres (1 983 hectares) de tourbière et de granite épars chevauche la frontière entre Dublin et Wicklow ; 93 % en sont aujourd’hui protégés par la loi, sans clôture ni bâtiment pour rompre les perspectives.
Histoire et conservation
Pendant des décennies, les Featherbeds sont restés aux mains de propriétaires privés, ce qui a inquiété les habitants lorsque des projets d’aménagement ont vu le jour. Une mobilisation citoyenne, portée notamment par une pétition qui a recueilli plus de 20 000 signatures, a poussé le gouvernement à intervenir. L’acquisition qui en a résulté a non seulement porté la superficie du parc national à 22 000 hectares, mais elle a aussi créé un corridor continu d’habitats protégés. Le National Parks and Wildlife Service (NPWS) gère désormais le site aux côtés du Dublin Mountains Partnership, en se concentrant sur la restauration des tourbières, le contrôle des espèces invasives et le maintien d’un accès à faible impact pour les visiteurs. L’absence de clôtures, de bâtiments ou de structures permanentes est délibérée : elle préserve les perspectives brutes et ininterrompues qui façonnent ce paysage depuis des siècles.
À voir et à faire
La pierre bullaun des Featherbeds
Un court détour depuis la Military Road mène à un gros bloc de granite arrondi, creusé de trois cavités distinctes en forme de vasque. Appelé pierre bullaun, ce rocher se dresse à un rare quadripoint, là où se rejoignent les limites d’un townland, d’une paroisse, d’une baronnie et d’un comté. Si les pierres bullaun sont généralement associées aux premiers sites monastiques et ont pu servir à broyer des matières ou à des usages rituels, son isolement laisse ici deviner une autre origine. Les historiens locaux pensent qu’elle marquait probablement la limite des terres ecclésiastiques de l’archevêque de Dublin au XIIIe siècle, reprenant peut-être un repère territorial plus ancien encore. La pierre se voit nettement depuis le sentier qui longe la route et offre une halte paisible, propice à la contemplation, à quiconque explore le plateau.
Balades et randonnées
Le terrain dégagé est idéal pour les marcheurs qui aiment les itinéraires non balisés et les vastes panoramas. Une boucle très appréciée démarre près de l’aire de stationnement de la Military Road, file vers la pierre bullaun, puis grimpe en direction du sommet du Kippure. Le parcours couvre environ 5,8 miles (9,4 km), avec une montée régulière d’environ 1 090 pieds (332 m). Par temps clair, la vue s’étend sur le littoral de Dublin et les plus hauts sommets de la chaîne des Wicklow. L’itinéraire est bien documenté par les clubs de randonnée locaux et disponible sous forme de fichier GPX téléchargeable. Il constitue par ailleurs un tronçon essentiel du réseau de sentiers plus vaste des Dublin Mountains, reliant les hauteurs aux chemins déjà tracés dans la vallée en contrebas.
La source de la River Dodder
Le plateau joue le rôle de ligne de partage des eaux naturelle, et c’est ici que la River Dodder entame son long voyage vers la mer. Les autorités d’urbanisme locales envisagent depuis longtemps de prolonger la Dodder Greenway à travers les Featherbeds, ce qui finirait par relier cette source d’altitude au réseau de sentiers urbains de Dublin. Si le prolongement de la greenway reste un projet à long terme, le réseau de pistes existant offre déjà une expérience de marche de la montagne à la vallée qui attire un flux régulier de randonneurs.
Au fil des saisons
- Fin juin – août : La bruyère domine le paysage et teinte les tourbières de nuances de mauve et de rose. C’est en général la période où le temps est le plus stable, la meilleure fenêtre pour la photographie et les longues randonnées.
- Septembre – octobre : La bruyère vire au roux et à l’or, tandis que la tourbière de couverture prend un brun profond et sombre. L’air vif et les ciels chargés de nuages spectaculaires créent des conditions saisissantes pour la photographie de paysage.
- Novembre – février : Le plateau connaît fréquemment le gel, la brume et, parfois, la neige. Les sentiers peuvent devenir mous et détrempés, si bien que des chaussures solides et des vêtements imperméables sont indispensables. Les journées sont courtes : prévoyez de rentrer avant le milieu de l’après-midi.
- Mars – mai : Le printemps s’accompagne d’une explosion de fleurs sauvages, dont l’asphodèle des marais et la linaigrette. Le sol reste humide, mais le retour de la lumière et l’activité des oiseaux rendent les balades gratifiantes.
Informations pratiques
- Accès : La Military Road (R115) traverse le plateau. Une petite aire de stationnement improvisée permet de se garer pour rejoindre la pierre bullaun et le sentier du Kippure.
- Équipements : Le site ne dispose d’aucun bâtiment, toilettes ni point de restauration. Les visiteurs doivent apporter toute leur eau et leur nourriture, et repartir avec l’ensemble de leurs déchets.
- Chiens : Les chiens tenus en laisse sont les bienvenus, mais leurs maîtres doivent garder à l’esprit que des oiseaux nichant au sol et des lièvres d’Irlande fréquentent largement la tourbière.
- Sécurité : La couverture du réseau mobile est aléatoire sur une grande partie du plateau. Emportez une carte ou un itinéraire téléchargé, et prévenez quelqu’un de l’heure à laquelle vous comptez rentrer. Le temps peut changer rapidement : consultez les prévisions avant de partir.
- Entrée : Gratuite. Aucun permis ni réservation nécessaire.
Comment s’y rendre
Le moyen le plus simple de rejoindre les Featherbeds est la voiture, par la Military Road, qui se raccorde directement aux axes M50 et M11. Les transports en commun sont limités : les lignes de bus régulières les plus proches s’arrêtent à Rathdrum ou à Ballyboden, d’où il faut prendre un taxi ou marcher longuement pour atteindre le départ du sentier. Les cyclistes peuvent arriver par le réseau de sentiers Dublin–Wicklow, même si les pistes tourbeuses ne conviennent pas aux vélos de route classiques. Pour celles et ceux qui associent leur visite à d’autres sites des environs, le Bohernabreena Reservoir se trouve juste au nord-ouest et propose des itinéraires de marche complémentaires ainsi que de l’observation des oiseaux.
Les Featherbeds n’offrent ni expériences aménagées ni attractions balisées. La récompense tient à l’art de se repérer sur ce terrain dégagé, de lire le paysage et de trouver le rythme paisible de la tourbière. Emportez une carte fiable, préparez-vous à un temps changeant et réservez-vous du temps pour explorer les pistes qui se détachent de l’itinéraire principal de la Military Road.