Aperçu
Il n’y a pas de clôtures sur le Curragh. Cinq mille acres de prairies ouvertes s’étendent à perte de vue, sans haie ni mur, les moutons paissant où bon leur semble et les cordes de chevaux de course s’y entraînant aux premières lueurs du jour. C’est le plus vaste vestige de prairies anciennes non encloses d’Irlande – un sol sableux et bien drainé laissé par les eaux de fonte glaciaires, reposant sur un immense aquifère souterrain – et le paysage ne ressemble à aucun autre que vous croiserez en County Kildare, entre Kildare Town et Newbridge.
Si les courses ne sont pas votre raison de venir, arrivez tôt : les galops à l’aube, avec les chevaux sortis dans la plaine, sont le vrai spectacle, et ils ne coûtent rien.
Un paysage de légende et d’histoire

Le nom vient de l’irlandais currach, « le lieu du cheval qui court ». Bien avant les chevaux de course, la plaine portait du poids : un récit du Ve siècle raconte que sainte Brigitte étendit son manteau sur tout le Curragh pour le revendiquer au profit d’un monastère, un clin d’œil précoce à son immense étendue. Son ouverture en fit un lieu de rassemblement pour les armées durant tout le Moyen Âge, et pendant la rébellion de 1798, le massacre de Gibbet Rath coûta la vie à des centaines d’United Irishmen. Plus récemment, les scènes de la bataille de Stirling dans Braveheart y ont été tournées, avec des soldats irlandais comme figurants.

L’hippodrome et les classiques
C’est la course hippique qui a fait la renommée du Curragh. On y court depuis au moins le début du XVIIIe siècle, l’Irish Derby s’y dispute depuis les années 1860, et une loi du Parlement a ensuite réservé la plaine au pâturage et à l’entraînement – les fondations du premier hippodrome de plat d’Irlande. Les cinq classiques irlandais s’y déroulent tous : les 1 000 et 2 000 Guinées, l’Irish Derby, les Irish Oaks et l’Irish St Leger. La tribune réaménagée donne sur une piste corde à droite avec une montée finale raide qui a piégé plus d’un bon cheval.
La saison compte environ deux douzaines de jours de courses entre le printemps et l’automne, articulés autour de grandes journées comme le Dubai Duty Free Irish Derby Festival et les Keeneland Phoenix Stakes. Des visites guidées de l’hippodrome sont organisées en dehors des jours de course, et la restauration va du St Leger Restaurant aux comptoirs de café et aux stands de nourriture.
La plaine a aussi sa place dans les débuts du sport automobile : la coupe Gordon Bennett de 1903, l’une des premières courses automobiles internationales, s’est courue sur les routes de cette partie du Kildare et on lui attribue souvent l’origine du vert de course britannique. Le Curragh Military Museum lui consacre une exposition.
Le Curragh Camp et l’histoire militaire
La plaine sert de base militaire depuis le milieu du XIXe siècle, et le Curragh Camp est toujours le principal centre d’entraînement des Irish Defence Forces. Cette longue présence de garnison a laissé son propre folklore, dont la fameuse histoire des « Wrens of the Curragh » – des femmes qui vivaient à la dure dans les creux d’ajoncs de la plaine, au service des soldats du camp. Donnelly’s Hollow, une dépression naturelle du terrain, est resté dans les mémoires pour la victoire à mains nues de Dan Donnelly en 1815, avec un chemin d’empreintes de pas marquant sa sortie du ring. Le Curragh Military Museum complète le tableau, avec des uniformes, des armes et des photographies couvrant des générations.
Nature, faune et randonnée
Des sentiers balisés traversent la plaine, offrant de faciles balades avec de longues vues sur les tourbières, les moutons au pâturage et les vieux monuments. Le terrain est en grande partie plat mais inégal par endroits, alors prévoyez de bonnes chaussures. Une chose à savoir : le Curragh est une zone d’entraînement militaire en activité autant qu’un hippodrome, et certaines parties servent de champs de tir – surveillez les drapeaux rouges et les panneaux d’avertissement, et restez sur les pistes balisées.
À la lisière ouest se trouve Pollardstown Fen, la plus grande tourbière basse d’Irlande, où des passerelles vous permettent d’approcher des plantes rares, des libellules et des oiseaux comme la bécassine des marais et la rousserolle effarvatte sans abîmer le sol. Les prairies ouvertes et les abords humides attirent limicoles, rapaces et petits oiseaux toute l’année ; le printemps et la fin de l’été sont les meilleures périodes pour les migrateurs de passage et l’activité de nidification.
Informations pratiques
- S’y rendre : The Curragh se trouve à environ 45 km à l’ouest de Dublin. En voiture, prenez la M7 et sortez aux jonctions 12 ou 13, à environ 40 minutes de la ville. La gare de Kildare, sur les lignes Dublin–Cork et Dublin–Limerick, est à environ 40 minutes de Heuston, avec une navette gratuite vers l’hippodrome les jours de course.
- Parking : Gratuit à l’hippodrome les jours de course, bien signalisé, avec des places adaptées.
- Accessibilité : L’hippodrome offre un accès de plain-pied, des installations adaptées et un parking gratuit ; la plaine elle-même est plate mais inégale sous les pieds.
- À proximité : L’Irish National Stud and Japanese Gardens se trouve juste à côté, Pollardstown Fen est à un saut de puce, et le centre commercial outlet de Kildare Village ainsi que Newbridge Silverware sont tout proches. Kildare Town, Newbridge et Naas proposent hôtels et restaurants.
Pour l’ambiance, choisissez un jour de classique et placez-vous près du ring de présentation. Pour le lieu lui-même, choisissez un matin de semaine calme hors saison, quand il n’y a que les moutons, le ciel immense et les chevaux au travail – c’est là que le Curragh est à son meilleur.
